Le livre Marie-Therese Chevalier" est paru aux éditions Zone de Confusion en février 2025. Il présente les différentes facettes de l'artiste, des dessins psychédéliques des années 70 aux sculptures textiles et plexiglas des années 80-90.

Le livre est actuellement disponible à la Halle Saint-Pierre (Paris) ou sur commande (écrire à barnabemons@gmail.com) au prix de 25 euros.

Ci-dessous les textes (en français et en anglais) inclus dans l'ouvrage.

 

Née à Bourges, Marie-Thérèse CHEVALIER (1939 – 2025) est une artiste dont le parcours présente de nombreuses facettes. Si certaines d’entre elles ont été largement exposées et diffusées dans sa région d’adoption le Nord (notamment via le groupe de l’Atelier de la Monnaie, Lille, dont elle faisait partie), d’autres sont restées confidentielles ou n’ont pas dépassé le cadre de la sphère privée de l’artiste. Ce document ambitionne de révéler la diversité créative de l’œuvre de Marie-Thérèse Chevalier et la cohérence d’un itinéraire artistique radical et sensible.

Born in Bourges, Marie-Thérèse CHEVALIER (1939-2025) is an artist whose career shows many facets. While some of them were widely exhibited in his adopted region the North (notably through the Atelier de la Monnaie group, Lille, which she was part of), others remained confidential or did not even go beyond the artist’s private sphere. This document aims to reveal the creative diversity of Marie-Thérèse Chevalier’s work and the coherence of a radical and sensitive artistic itinerary.

L’Atelier de la Monnaie

L’Atelier de la Monnaie est une association lilloise d’artistes contestataires active de 1956 à 1972. Autour de ses membres fondateurs Roger Frezin, Pierre Olivier et Claude Vallois gravitent Jean Brisy, Jean Parsy, Lyse Oudoir, Marie-Thérèse et Jean-Claude Chevalier, Renaud Desmazières et de nombreux peintres et plasticiens aux styles radicalement différents les uns des autres, unis contre les académismes et pour le rayonnement de l’art contemporain dans le Nord. Ils organisent des expositions et des rencontres avec des artistes (Wilfredo Lam, Antoni Tapiès, Victor Vasarely, Niki de Saint Phalle… ) et se distinguent par l’esprit festif et blagueur des réunions du groupe. Après la dissolution de l’association, les collaborations entre membres de l’Atelier de la Monnaie ont perduré sans structuration officielle, jusqu’aux années 2000.

L'Atelier de la Monnaie is an association of protest artists active in Lille, France from 1956 to 1972. Around its founding members Roger Frezin, Pierre Olivier and Claude Vallois gravitated Jean Brisy, Jean Parsy, Lyse Oudoir, Marie-Thérèse and Jean-Claude Chevalier, Renaud Desmazières and numerous painters and visual artists of radically different styles, united against academicism and working for the influence of contemporary art in the North. They organized exhibitions and meetings with artists (Wilfredo Lam, Antoni Tapiès, Victor Vasarely, Niki de Saint Phalle, etc.) and were distinguished by the festive and joking spirit of the group's meetings. After the dissolution of the association, collaborations between members of the Atelier de la Monnaie continued without official structure until the 2000s.

Tapisseries 1970-1975 :

Au début des années 1970, Marie-Thérèse Chevalier réalise une série de tapisseries aux dimensions de grands rideaux, assemblant divers textiles opaques ou transparents d’où émergent en bas-relief des compositions aux frontières du figuratif et de l’abstrait. On remarque déjà un goût pour la représentation d’attributs féminins : seins, jambes, que l’on retrouvera plus tard dans d’autres aspects de la production de l’artiste.

In the early 1970s, Marie-Thérèse Chevalier created a series of tapestries of large curtains dimensions, assembling various opaque or transparent textiles from which emerge bas-relief compositions between figurative and abstract. We can already notice a taste for the representation of female attributes: breasts, legs, which will be found later in other aspects of the artist’s production. 

Dessins psychédéliques 1972-1974 :

De 1972 à 1975 Marie-Thérèse Chevalier réalise une exceptionnelle série de dessins de facture psychédélique où des personnages (le plus souvent féminins) semblent les prisonniers ravis de motifs hallucinatoires entrelacés. Superposant dentelles d’encre et motifs de couleur, ces dessins dans lesquels s’invite parfois le collage prolongent les recherches textiles de l’artiste. Cette production qui semble n’avoir jamais été ni montrée ni encadrée constitue un sommet de l’art psychédélique en France. Une cinquantaine de dessins de belles dimensions (50x65cm pour la plupart) témoigne d’un travail considérable et d’une vision artistique remarquable.

From 1972 to 1975, Marie-Thérèse Chevalier produced an exceptional series of psychedelic drawings where characters (often female) appear as delighted prisoners of interlaced hallucinatory motifs. Superimposing lace ink and color patterns, these drawings in which sometimes invites the collage extend the textile research of the artist. This production, which seems to have never been shown or framed, is a pinnacle of psychedelic art in France. Fifty drawings of beautiful dimensions (50x65cm for the most part) report of a considerable work and a remarkable artistic vision.

Commodes 1975-1979 :

Une courte série de dessins datant de la fin des années 1970 surprend par son sujet : des meubles débordant d’un étrange linge peuplé de créatures organiques non-identifiées, ni végétales ni animales mais bien vivaces. Ces dessins semblent témoigner d’une sexualisation invasive du textile sortant des tiroirs des commodes ou des armoires, un sujet que Marie-Thérèse Chevalier explorera en sculpture tout au long des deux décennies suivantes.

A short series of drawings dating from the late 1970s surprises by its subject: furniture overflowing with a strange cloth populated by unidentified organic creatures, neither plants nor animals but perennial. These drawings seem to reflect an invasive sexualization of the textile coming out of drawers in dressers or cabinets, a subject that Marie-Thérèse Chevalier explored in sculpture throughout the following two decades.

Dessins géométriques 1979-1982 :

De la seconde moitié des années 1970 au début des années 1980, le dessin de Marie-Thérèse Chevalier évolue vers des paysages fantastiques et géométriques encombrés d’organes aux allures molles. Les dessins réalisés au crayon de couleur sur des feuilles de Canson 50x65cm se suivent parfois bord à bord, créant des ensembles réunissant jusqu’à 9 pièces, véritables tours de force techniques aux perspectives vertigineuses.

From the second half of the 1970s to the early 1980s, Marie-Thérèse Chevalier’s drawing evolved into fantastic and geometric landscapes cluttered with soft-looking organs. The drawings made with coloured pencils on 50x65cm sheets of Canson are sometimes followed edge to edge, creating sets containing up to 9 pieces, true technical tours de force with vertiginous perspectives.

Sculptures textiles et plexiglas 1982-2000 :

C’est au début des années 1980 que Marie-Thérèse entreprend la création des œuvres textiles qui bâtiront sa sulfureuse réputation régionale. Assemblant des pièces de satin, de soie, de dentelles ou de résille, elle réalise des sculptures représentant le plus souvent des poitrines féminines ou des vagins ouverts. Ces œuvres très originales sont presque toutes enfermées dans des boîtes de plexiglas évoquant l’aura des reliquaires liturgiques, cette fois mise au service d’une sexualité précieuse et sauvage.

Ces œuvres d’une grande présence constituent une affirmation radicale de la féminité qui interpelle encore 40 ans après leur création. Évoquant les grandes heures du Surréalisme (citons Hans Bellmer pour l’ érotisme inquiétant) comme le Nouveau Réalisme (les agencements sous plexiglas d’Arman, Gérard Deschamps, Daniel Spoerri ou Yves Klein), ces réalisations deviendront la signature de Marie-Thérèse Chevalier. Durant deux décennies, l’artiste crée des centaines de pièces de toute taille qui s’accumulent jusqu’à encombrer totalement son habitation. Au fil des ans, les vulves deviennent de plus en plus abstraites, se confondant avec des coquillages monstrueux ou des vortex immobiles. Puis, le travail du plexiglas devenant sans doute trop pénible pour son âge, Marie-Thérèse enferme ses créations de dimensions plus modestes dans des bulles ou des vitrines qu’elle trouve dans le commerce.

En détournant les techniques traditionnelles de broderie et de couture dès le début des années 1980, Marie-Thérèse Chevalier s’impose comme une précurseur de l’art textile contemporain. Utilisant un médium délicat habituellement réservé aux femmes pour affirmer de manière crue la féminité dans ce qu’elle a de plus littéral, elle crée un court-circuit dans l’esprit du spectateur qui hésite avec amusement entre attirance et répulsion, méfiance et respect.

In the early 1980s, Marie-Thérèse began creating the textile works that would build her sultry regional reputation. Assembling pieces of satin, silk, lace or fishnet, she creates sculptures representing mostly female breasts or open vaginas. These very original works are almost all enclosed in plexiglass boxes evoking the aura of liturgical reliquaries, this time put at the service of a precious and wild sexuality.

These works of great presence constitute a radical affirmation of femininity that still challenges 40 years after their creation. Evoking the great hours of Surrealism Evoking the great hours of Surrealism (let us cite Hans Bellmer for the disturbing eroticism) as well as New Realism (the arrangements under plexiglass by Arman, Gérard Deschamps, Daniel Spoerri or Yves Klein), these achievements will become the signature of Marie-Thérèse Chevalier. Over two decades, the artist created hundreds of pieces of any size that accumulate until her home is completely cluttered. Over the years, vulvas become more and more abstract, becoming confused with monstrous shells or motionless vortices. Then, the work of plexiglass becoming undoubtedly too painful for her age, Marie-Thérèse encloses her creations of more modest dimensions in bubbles or showcases that she finds in the trade.

By diverting the traditional techniques of embroidery and sewing at the beginning of the 1980s, Marie-Thérèse Chevalier became a forerunner of contemporary textile art. Using a delicate medium usually reserved for women to crassly affirm femininity in its most literal form, she creates a short circuit in the mind of the viewer who hesitates with amusement between attraction and repulsion, mistrust and respect.

Dessins et aquarelles 1982-2001 :

Parallèlement à sa production textile, l’artiste continue de se consacrer au dessin mais avec une approche nouvelle. Elle dessine des corps, des sexes féminins, des fesses ou des poitrines en cours de métamorphose, qui semblent émerger du papier au gré de caresses légères posées sur la page blanche. Cette production dominée par les couleurs rouge et bleu sera aussi déclinée en aquarelles, et durera jusqu’au début des années 2000, date à laquelle Marie-Thérèse Chevalier cesse toute activité artistique.

In parallel to her textile production, the artist continues to draw but with a new approach. She draws bodies, female genders, buttocks or breasts in the process of metamorphosis, which seem to emerge from the paper at the pleasure of light caresses placed on the blank page. This production dominated by the colors red and blue will also be declined in watercolours, and will last until the early 2000s, when Marie-Thérèse Chevalier ceases all artistic activity.